Réticent à la vaccination anti-covid ?
Les réponses aux idées reçues

fakenews

Les vaccinateurs, infectiologues, pharmacovigilants, allergologues et médecins vasculaires du CHRU de Nancy répondent aux idées reçues.

Mise à jour 27.08.21

Je ne suis pas à risque et si je me vaccine, je peux avoir des effets secondaires alors que si je déclenche la covid, je serai asymptomatique.


Les patients qui sont désormais admis en hospitalisation sont quasiment tous non-vaccinés ou non-complétement-vaccinés (une seule dose).  Beaucoup se pensaient sans facteur de risque. Parmi eux, 60% auront encore des signes ou des séquelles de leur covid à 6 mois, même parmi ceux qui font une forme simple de covid et ne seront pas hospitalisés. Toutes formes de covid confondues, c’est 50 % des patients qui présentent au moins un symptôme après 1mois et 10 % après 6 mois. Les conséquences de l’infection sont bien plus importantes et durables que les effets secondaires du vaccin.

Ce vaccin est inutile car il n’empêche pas de tomber malade et il n’empêche pas la transmission de la maladie.


Le vaccin n’est pas une barrière infranchissable, c’est vrai. Son objectif principal est d’éviter la réanimation et les décès. Mais il diminue aussi très, très nettement le risque d’être malade. Avec les vaccins à ARNm, la protection contre une forme grave de covid est de l’ordre de 90%, y compris pour le variant Delta qui nous préoccupe actuellement. La vaccination réduit aussi bien la probabilité de souffrir d’une forme grave de la maladie, que de la transmettre. L’expérience acquise en Israël et au Royaume-Uni, deux pays où la population est largement vaccinée, est encourageante : les cas de covid y augmentent avec la levée des restrictions, mais pas le nombre de formes graves.

Nous sommes des cobayes. Les essais ont été bâclés, ils ont été trop rapides et le vaccin a été mis sur le marché avant que l’essai ne soit terminé.


Les vaccins contre la covid ont en effet été développés extraordinairement vite, grâce à une mobilisation de tous, public et privé. Les états ont largement financé les recherches des laboratoires pharmaceutiques et des usines de production ont été construites dès l’obtention de résultats encourageants.
Toutes les phases de test des vaccins ont été effectuées et les agences (comme l’agence européenne du médicament et la FDA aux États-Unis) chargées de leur homologation, ont évalué soigneusement les résultats au fur et à mesure de leur publication et non à la fin des essais pour gagner du temps (rolling review).
Seuls les centaines de milliers de participants aux essais cliniques peuvent être considérés comme des «cobayes» !  
Actuellement, comme pour tout médicament (y compris ceux sur le marché depuis des dizaines d’années), les vaccins restent en phase de surveillance des effets indésirables (pharmacovigilance), pour s’assurer que le bénéfice de les administrer reste toujours supérieur au risque.

La grossesse était une contre-indication quand la vaccination anti-covid a démarré. Aujourd'hui, le vaccin est fortement recommandé pour les femmes enceintes et ayant un projet de grossesse. Je ne sais pas quoi en penser...

Et quand la vaccination anti-covid a démarré, il était même recommandé de ne pas tomber enceinte dans les 3 mois qui suivaient la deuxième dose !

Les recommandations ont évolué parce que les connaissances ont évolué :

- à la fois sur le risque de faire le vaccin quand on est enceinte ou quand on souhaite l’être (y compris dans un parcours d’assistance médicale à la procréation),

- et aussi parce que les connaissances ont évolué sur les complications pour la mère et son bébé en cas de covid pendant la grossesse.

Concernant le vaccin

Dans les essais cliniques qui permettent de déterminer si un vaccin est efficace, par principe de précaution, les volontaires ne doivent pas être enceintes ; on ne disposait donc pas de données chez les femmes enceintes ou sur le fœtus. C’est pourquoi lorsque le vaccin a été mis sur le marché en France, il n’était pas recommandé de l’administrer à des femmes enceintes.

Cependant, tous les pays n’ont pas pris la même décision, en se basant sur des études très rassurantes effectuées sur les animaux : les vaccins à ARNm (Pfizer et Moderna) ne sont pas tératogènes (n’entraînent pas de malformation) et ne sont pas toxiques pour le fœtus. Ainsi, par exemple aux Etats-Unis, dès le début de la vaccination en décembre 2020, toute femme enceinte qui le souhaitait pouvait être vaccinée.

Par ailleurs, de nombreuses femmes sont tombées enceintes entre les deux doses et d’autres ne savaient pas qu’elles étaient enceintes lors de leur vaccination ; la surveillance de leur grossesse a permis de montrer que le vaccin n’entraîne pas de risque particulier pour la mère ou pour le fœtus.

> La tolérance du vaccin est identique par les femmes enceintes à celles des femmes non enceintes : cela veut dire que les femmes enceintes présentent les effets indésirables habituels après un vaccin comme les femmes non enceintes : douleur dans le bras, rougeur au point d’injection, épisode de fièvre. La prise de paracétamol (Doliprane, Dafalgan, Efferalgan...) est autorisée pendant la grossesse et permet d’atténuer ces inconforts qui durent en général moins de 24h.

> L’efficacité du vaccin – donc la protection contre une forme sévère de covid, semble identique chez les femmes enceintes et chez les femmes non enceintes ; des anticorps sont transmis au fœtus par le placenta ce qui suggère que le bébé sera mieux protégé en cas de covid à la naissance ; des études sont encore en cours pour améliorer les connaissances sur ce point.

> Les anticorps fabriqués par la mère passent également dans le lait maternel, ce qui suggère que le bébé en bénéficie pour sa protection ; des études sont encore en cours pour améliorer les connaissances sur ce point. Une femme vaccinée peut allaiter ; et si elle n’a pas encore été vaccinée, une femme allaitante peut se faire vacciner et poursuivre l’allaitement.

> Il n’y a pas de sur-risque de fausse-couche ou de malformation pour le fœtus lorsque le vaccin est réalisé avant de tomber enceinte ou pendant la grossesse.

Concernant la covid-19 pendant la grossesse

On sait maintenant qu’être enceinte constitue un risque de développer une forme grave de covid.

Par rapport à une femme non enceinte infectée par le virus, il y a un risque multiplié :
- par 18 d’admission en soins intensifs,
- par 2,8 de perte fœtale,
- et par 5 d’admission du nouveau-né en soins intensifs.

Ces chiffres sont encore plus augmentés lorsque la mère souffre d’une maladie chronique associée. Exemples :
- la mortalité maternelle est multipliée par 15 en cas de diabète préexistant,
- le risque de recours à une ventilation mécanique est multiplié par 64 en cas d'hypertension artérielle chronique.

Il existe de plus en plus d’arguments en faveur de :
- un risque augmenté de mort in utero en cas de covid chez la femme enceinte
- une augmentation des complications hypertensives de la grossesse comme la pré-éclampsie et de prématurité,
- atteintes du placenta fréquentes,
- risque de retard de croissance in utero. 

Ce sont ces arguments qui ont conduit à revoir les recommandations en France et à encourager, dans le contexte d’une forte circulation virale et de l’émergence du variant Delta, à proposer la vaccination aux femmes le plus précocement possible dans leur grossesse et donc les protéger le plus rapidement possible d’une forme grave de covid.

Toutefois, l’obligation vaccinale des professionnels de santé ne s’applique qu’à partir du début du deuxième trimestre de grossesse.

Pour aller plus loin

Message DGS-Urgent n° du 30 juillet 2021. Vaccination des femmes enceintes au premier trimestre, vaccin à ARNm après une première dose de vaccin AstraZeneca (Vaxzevria), infection juste après la vaccination.

https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dgs_urgent_73_complements_sur_la_strategie_vaccinale.pdf

Avis du 21 juillet 2021 du conseil d’orientation stratégique sur la vaccination anti Covid concernant la vaccination des femmes enceintes au cours du 1er trimestre.

https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/avis_du_cosv_21_juillet_2021_-_vaccination_femmes_enceintes.pdf

ANSM - Enquête de Pharmacovigilance sur les effets indésirables des vaccins Covid 19 chez les femmes enceintes et allaitantes - Rapport n° 4 du 27/12/2020 au 22/07/2021.

https://ansm.sante.fr/uploads/2021/08/06/4-rapport-grossesse-vaccins-covid-final-vfa.pdf


J’attends de voir, on ne connaît pas les effets à long terme.

C’est l’une des préoccupations qui revient souvent, notamment avec les vaccins ARN messager (ARNm) qui sont récents. Après plus de 3,5 milliards de doses de vaccins anti-covid administrées depuis un an maintenant et une pharmacovigilance mondiale renforcée, d’éventuels effets secondaires à long terme se seraient déjà manifestés. Car en vaccination, les effets secondaires les plus tardifs se manifestent généralement dans les 3 à 4 mois après l’injection.

Les gestes barrières suffisent, ça fait 18 mois que je travaille avec des patients covid et je ne l’ai pas attrapé.

Dans votre milieu professionnel, tout le monde est attentif, maîtrise les gestes barrières et doit les respecter. Mais dans votre vie privée, lors de vos sorties, vous ne maîtrisez pas tout… et le variant Delta est bien plus contagieux, circule vite et partout.

J’ai déjà eu la covid, je n’ai pas eu une forme grave donc je suis protégé et quand je ne le serai plus, je ne ferai pas une forme grave.

C’est en partie vrai. Le fait que vous ayez attrapé la covid vous rend clairement moins à risque de l’attraper à nouveau et de présenter une forme sévère, par rapport aux personnes qui n’ont été ni infectées, ni vaccinées. Ceci grâce aux anticorps que vous avez développés et qui vont persister plusieurs mois.
Mais attention ! Cette protection pourrait dans certains cas s’avérer insuffisante pour éviter une nouvelle infection, en particulier par le variant Delta. On sait maintenant que 6 mois après l’infection initiale, la capacité des anticorps à neutraliser le variant Delta est réduite de 4 à 6 fois par rapport au virus initial. En revanche, une seule dose de vaccin suffit dès 2 mois après la covid pour booster votre immunité et vous protéger très efficacement et durablement. De plus, vous n’êtes pas à l’abri de conséquences au long cours de la maladie, appelées covid long, qui peuvent survenir indépendamment de la gravité initiale de la maladie.

J’ai des allergies et j’ai déjà fait un choc ou j’ai peur d’en faire un.

Une réaction allergique grave nécessitant une intervention d’urgence, appelée choc anaphylactique, est en effet possible mais s’avère rarissime (environ 1 cas sur 1 million). C’est pour cette raison qu’on vous interroge sur vos antécédents dans le questionnaire médical pour détecter les personnes qui seraient à risque et éventuellement réaliser une consultation avec un allergologue avant l’injection. Si une réaction allergique grave survient, c’est dans les premières minutes ; c’est pourquoi vous êtes systématiquement gardé en surveillance 15 minutes après l’injection. En cas de réaction allergique, un traitement par adrénaline peut rapidement être administré. Toutes les personnes ayant vécu cette complication ont été traitées et aucun décès n’est à déplorer.
Si vous avez des allergies et même si vous avez fait un choc avec un aliment, un médicament, une piqûre d’insecte : vous pouvez être vacciné et le médecin présent au centre de vaccination validera l’injection et vous renseignera.

J’ai peut-être eu la covid, sans aucun symptôme, donc je vais être vacciné pour rien.

Il est maintenant possible de réaliser dans le centre de vaccination un test rapide en prélevant une goutte de sang sur votre doigt. Le résultat est disponible en 10 minutes et, s’il est positif, cela signifie que vous avez effectivement été en contact avec le virus et votre vaccination sera complète avec une seule dose.

J’ai déjà fait une thrombose / phlébite / embolie pulmonaire / AVC, les vaccins entraînent des thromboses : je ne vais donc pas risquer d'en refaire une.

Il n’y a pas d’augmentation globale du risque de développer une thrombose après avoir reçu l’un des vaccins approuvés contre la covid-19, y compris le vaccin AstraZeneca. Les thromboses très rares (1/120 000 vaccinés) et très particulières décrites après l’administration du vaccin AstraZeneca ont un mécanisme très différent du mécanisme « habituel » de thrombose veineuse, cela s’apparente plus à une réaction exacerbée du système de défense auto-immun à l’origine de la thrombose. Maintenant, ces thromboses particulières sont bien connues, savent être dépistées (baisse inhabituelle des plaquettes) et l’on sait bien les traiter. Les personnes ayant déjà développé une thrombose ne sont pas plus à risque de développer cette complication. En revanche si vous avez des antécédents de thrombose, vous êtes à risque d’en refaire une si vous avez la covid.